Présentation du thème 06 du 6 février 2026
Transcription non littérale – Extraits de « Notre humanité » – Francis Wolff – Editions Pluriel – p. 358 et seq.
Les différents niveaux de conscience
- Le premier degré de la connaissance est la croyance. Ici un prédateur, là un partenaire sexuel. La croyance se présente comme une donne immédiate au monde.
(croyance immédiate subjective)
Il n’y a pas de conscience nette entre l’extérieur et m’intérieur, entre le subjectif et l’objectif. Une conscience contradictoire du premier ordre est possible.
2. Le second degré de connaissance : le propre de l’homme, la croyance sur sa croyance, car l’homme dispose du langage. « Ce n’était pas qu’un rêve » dit Descartes. Il y a une croyance sur sa propre croyance. Les idées de vérité et de fausseté se distinguent. Cette dernière croyance est dénommée la croyance au second degré : cette croyance de second degré s’appelle le jugement. Pour accéder à ce jugement, le langage est nécessaire. Je peux faire remarquer à mon interlocuteur qu’il se trompe. (interlocutiivité, objectivité)
3. Pour accéder au savoir, passer du jugement au savoir, il faut accéder à la croyance sur la croyance sur la croyance. Le savoir est une croyance vraie accompagnée de sa justification (appelée par Platon, le logos). On sait que S (sujet) est vraie parce que P (prédicat) apporte la possibilité de l’affirmation et de la négation. Il y a un gain d’objectivité : on juge objectivement qu’une croyance subjective est vraie parce que l’on sait objectivement la raison pour laquelle un jugement est vrai.
L’objectivité des raisons n’est pas du même ordre que celle du jugement. L’objectivité des jugements fait appel à la réalité de l’objet de croyance pour en déterminer la fausseté ou la fausseté ; l’objectivité des raisons fait appel à la relation des jugements pour en justifier la vérité. Les animaux rationnels d’Aristote accèdent au savoir, qu’est la justification de leurs jugements
4- On passe du savoir à la science. La conscience humaine universelle. C’est le point de vue de nulle part.
Il faut dissocier la relation d’objectivité du monde et la relation d’interlocution entre humains. Comment la science est-elle possible ?
Science – ou quête du point de vue de nulle part
La spécificité du savoir scientifique
La science est un type de connaissance à la fois rationnelle et empirique. La science cherche le pourquoi. On peut distinguer le vérificationniste (énoncé scientifique empiriquement vérifiable)
Les falsificationnistes : une théorie peut entrer en conflit avec des faits.
La science n’est pas vraiment un savoir : mais elle est un processus indéfini : on ne peut jamais affirmer que l’on sait ce qu’elle énonce.
Aucun énoncé n’est justifié par une expérience mais par sa reproductibilité. Démontrer ce n’est pas justifier à posteriori des croyances, c’est n’admettre à priori aucune croyance. La science ne vise pas à faire partager des croyances, mais à abolir toute croyance, puisqu’elle est le discours des savoirs universellement partageables
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Introduction – les 4 figures de l’homme ; In « Notre humanité – D’Aristote aux neurosciences », Pluriel, p.10, 2023
Nous proposons de présenter quatre figures de l’homme (p.10) …
Une figure est l’entrecroisement d’un rapport à un savoir qu’elle permet de garantir et d’un rapport à des normes qu’elle permet de fonder
Partons (d’abord) des définitions philosophiques de l’homme
De l’Antiquité, nous est parvenue l’idée que l’homme est un « animal rationnel », c’est-à-dire un organisme vivant distinct de tous les autres parce qu’il possède le logos (langage ? raison ?) . Cette idée qui a sa source dans la philosophie d’Aristote a trouvé à s’alimenter… (dans le stoïcisme, puis saint Augustin ; puis est reprise dans la philosophie thomiste…)
De l’âge classique, et justement de Descartes ainsi que de tous ceux qui se sont inscrits dans le sillage de sa philosophie, nous est parvenue une autre définition métaphysique de l’homme, comme étant « une étroite union de l’âme et du corps » ; on pourrait presque confondre cette définition avec certaines interprétations précédentes, à ceci près qu’elle est clairement dualiste,, puisque le principal problème des cartésiens consistait à savoir comment l’homme peut être un tout en étant l’union de substances hétérogènes, une âme pensante et un corps spatial…
Un beau jour, à la fin du siècle dernier , l’homme a changé … il était soumis (psychanalyse, anthropologie culturelle) aux poids des structures, déterminé ses conditions sociales ou familiales, gouvernés par des désirs inconscients, dépendant de son histoire, de sa culture, de sa langue ; c’est en somme un sujet «assujetti ». Cet homme des sciences humaines et sociales qui au milieu du 20ème siècle s’épanouissait dans le paradigme structuraliste de Levi-Strauss, Benveniste ou Lacan et qui triomphait encore chez Bourdieu s’est furtivement effacé du paysage.
De nouvelles sciences nous parlaient d’un nouvel homme. C’étaient les neurosciences, les sciences cognitives, la biologie de l’évolution. Ce nouvel homme était soumis au poids de l’évolution des espèces, déterminé par ses gènes, dépendant des performances de son cerveau. On était passé de l’homme structural à l’homme neuronal
La science de la nature que concevait Aristote a pris appui sur une conception de l’homme (l’animal rationnel)
La science de la nature de Descartes a trouvé sa garantie dans l’idée que l’homme était « l’étroite union du corps et de l’âme ». Dans ces deux cas, ces conceptions de l’homme sont les corrélats nécessaires d’une démarche scientifique.
Cette corrélation est inverse dans les deux dernières figures ; c’est le projet scientifique (théorie soutenue, méthode employée) qui garantit une certaine idée de l’homme.

Les 4 figures de l’homme selon Francis Wolff. Chatgpt a dit
Voici une synthèse comparative claire et structurée entre :
- Aristote
- Descartes
- L’homme neuronal (Changeux / neurosciences contemporaines)
- L’homme structural (Lévi-Strauss / structuralisme)
🧠 Aristote vs Descartes vs l’homme neuronal vs l’homme structural
Comparaison des conceptions de l’être humain, de la connaissance, et du rapport corps/esprit.
1. Aristote : l’homme comme animal rationnel
💡 Idée centrale
L’être humain est un animal politique et rationnel, doté d’une âme qui est la forme du corps.
🔍 Points clés
- Hylémorphisme : l’homme est une unité corps + âme (la forme du vivant).
- L’âme a plusieurs fonctions : végétative, sensitive, intellective.
- L’intellect (noûs) permet l’accès aux essences et à la connaissance.
- La connaissance vient de l’expérience mais s’élève vers l’universel.
- L’homme est un être social par nature.
2. Descartes : l’homme comme dualité corps/esprit
💡 Idée centrale
L’homme est composé de deux substances :
- res extensa : le corps (matière, mécanisme)
- res cogitans : l’esprit (pensée, conscience)
🔍 Points clés
- Dualisme ontologique : coupure radicale corps / âme.
- L’essence de l’homme est la pensée : « Je pense, donc je suis ».
- La connaissance repose sur la raison, les idées claires et distinctes.
- Le corps est une machine ; les animaux aussi (animal-machine).
- La liberté provient de la volonté, indépendante du corps.
3. L’homme neuronal : Changeux et les neurosciences
💡 Idée centrale
L’homme est un être biologique dont les pensées, émotions et décisions émergent du fonctionnement neuronal.
🔍 Points clés
- Le mental = produit du cerveau, pas une substance séparée.
- Abandon total du dualisme cartésien.
- Les décisions, émotions, croyances peuvent être expliquées par l’activité neuronale.
- Environnement + plasticité = construction progressive du comportement.
- Conception scientifique et matérialiste de la personne.
→ L’homme neuronal est une réponse neuroscientifique moderne aux questions de Descartes.
4. L’homme structural : Lévi-Strauss
💡 Idée centrale
L’homme est défini par des structures inconscientes (langage, parenté, mythes) qui organisent sa pensée indépendamment de la biologie ou de la subjectivité.
🔍 Points clés
- Les comportements humains sont déterminés par des structures symboliques universelles.
- L’individu n’est pas premier : ce sont les structures qui le dépassent (langue, règles culturelles).
- L’inconscient est logique, non psychologique.
- L’homme est un nœud dans un réseau symbolique.
→ L’homme structural est une anthropologie du symbolique, pas du biologique.
🧩 Comparaison synthétique
| Question | Aristote | Descartes | L’homme neuronal | L’homme structural |
| Nature de l’homme | Unité âme-corps | Dualité esprit-corps | Pur biologique (cerveau) | Être symbolique structuré |
| Source de la pensée | Intellect (âme) | Substance pensante | Activité neuronale | Structures inconscientes |
| Connaissance | Expérience + raison | Raison pure, idées claires | Traitement neurobiologique | Analyse des structures |
| Liberté | Finalité naturelle | Volonté indépendante du corps | Contraintes biologiques | Contraintes culturelles |
| Animalité | Continuité avec l’animal | Rupture radicale | Continuité neuronale | Dépend des structures culturelles |
| Corps | Forme + matière indissociables | Machine mécanique | Base matérielle de tout | Support secondaire du symbolique |
🎯 Comment résumer en une phrase ?
- Aristote : l’homme est un vivant rationnel, unité de corps et d’âme.
- Descartes : l’homme est une pensée dans un corps-machine.
- L’homme neuronal : l’homme est un cerveau qui produit la pensée.
- L’homme structural : l’homme est un système de structures symboliques.












