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Peut-on vivre sans amour ?

Thème du 8 novembre 2026.

Sur « André Comte- Sponville , Joie et vertu d’aimer, p.221 », in Petite philosophie de l’amour, Catherine Merrien, Eyrolles.poche

Si l’amour doit faire notre bonheur, pourquoi fait-il souvent si mal ? S’il est la plus grande des vertus, pourquoi fait-il souvent si mal ? C’est que le terme « amour » désigne en français des sentiments si différents qu’ils n’ont parfois de commun que le nom.

Pour séparer ce que le terme français confond, André Comte-Sponville (né en 1952) propose de parler d’amour en grec et de distinguer éros (la passion), philia (l’amitié, dans un sens beaucoup plus large que celui que nous donnons aujourd’hui), et agapè (l’amour de charité, tel que le définit le christianisme).

Le chemin de l’amour est un chemin qui monte, de l’amour qui prend et ne pense qu’à soi, à l’amour qui partage et pense aussi à l’autre, jusqu’à l’amour qui donne et ne pense plus qu’à l’autre. Pour André Comte-Sponville, une histoire d’amour réussie est l’histoire d’une ascension. En cela, il contredit   notre expérience la plus courante, car bien souvent, nos histoires d’amour suivent le mouvement d’une chute. La passion naît brutalement et le sentiment est tellement puissant que nous nous sentons transportés sur les cimes de l’amour. Mais souvent très vite et très brutalement éros nous quitte et nous plongeons dans les abîmes de l’indifférence et parfois de la haine. 

Si nous   tombons alors de si haut, c’est justement faute de comprendre que la passion n’est pas le sommet de l’amour, ou plutôt, qu’elle ne l’est que pour celui qui n’aime que lui-même et ses illusions.

La passion n’est pas un mal, et il faut bien [la] vivre quand elle est là ». 1

Il faut bien comprendre aussi qu’en commençant par la passion, on commence tout en bas, sur le premier barreau de l’échelle amoureuse.

Aimer vraiment, c’est passer de cet amour égoïste, qui n’aime en l’autre que soi-même, et l’aime d’autant plus qu’il manque davantage, à un amour qui aime l’autre pour ce qu’il est, et se réjouit de sa présence.

Et ceux qui s’aiment de cet amour-là, seront même parfois touchés par la grâce d’agapè, cet amour miraculeux qui nous délivre de notre égoïsme, et nous élève jusqu’au point où il devient possible de donner sans rien attendre, et d’aimer l’autre plus que soi-même.

1. L’amour de la solitude, II, ACS

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