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Qu’est-ce qu’une vie réussie ? Suite

Extraits de l’essai   « Réflexions sur 3 sagesses » – André Stanguennec – Editions pleins feux, 2001

Exposé sur le mode de la  transcription littérale mais abrégée pour des raisons de contraintes matérielles, et de lisibilité de cet excellent texte . Nous avons notamment fait silence sur les références à Nietzche, la sagesse bouddhiste.

Le philosophe cherche la signification du monde à travers une pensée et un discours orientés de façon rigoureuse et cohérente…

Des sagesses

Certes, Il y a des chercheurs de sagesse qui ne disposent pas d’une méthode conceptuelle de recherche, c’est-à dire qu’ils ne font pas appel à la raison conceptuelle pour s’orienter vers la signification du monde : les mythologies, les religions, les arts parfois, les méditations spirituelles souvent, prétendent, à côté de la philosophie, chercher et exprimer la signification du monde.

Le scepticisme

La philosophie doit admettre que la possibilité de cette signification du monde ne soit jamais trouvée. On aurait là une sagesse, non pas de l’absurdité du monde, mais de l’impossibilité de signifier le monde, une sagesse que l’on dit parfois sceptique. La sagesse serait alors justement de renoncer à la grande sagesse du monde

Pour qu’une sagesse fut complète, il faudrait encore que le philosophe agisse dans le monde. La sagesse pratique est le but final de la philosophie, comme éthique de vie

Réfléchir sur 3 modèles de sagesses

Distinction établie par Eric Weil « logique de la philosophie ». Le fil conducteur est celui d’une réduction progressive de réduction du contenu. La progression consiste à passer des sagesses les plus lourdes en sens à celles les plus légères en sens, et même à la limite celles qui signifient le monde comme vide de sens, comme non-sens.

Dans la sagesse du mythe, la finalité du monde est donnée à l’homme par les héros fondateurs ou les sorciers qui sont en contact avec les dieux, et par là s’opère une vue du sens…

Dans nos cultures occidentales, les religions posent un Dieu unique à l’origine du monde…elles n’en révèlent pas moins sur une révélation du sens que Dieu donne au monde…

Les sagesses métaphysiques substituent à la connaissance, comme initiation mythique au sens sacré ou comme révélation de la foi religieuse, la connaissance rationnelle de ce sens du monde. Le métaphysicien cherche à trouver Dieu par la voie démonstrative ou réflexive. Aristote, Descartes, Spinoza, Hegel… ont chacun proposé une démarche méthodique et rigoureuse pour démontrer l’existence d’une origine du sens…

La pratique de la sagesse est comme une intuition prolongée par l’action, source elle-même du bonheur que donne au sage une vie vertueuse…

2 – La mise en question critique d’une connaissance spéculative du sens du monde comme totalité absolue, ou du sens absolu du monde en soi…

Kant préparé par la lecture du philosophe empiriste David Hume, se demande s’il peut connaître théoriquement connaitre le sens du monde. Que puis-je savoir ?

La sagesse critique passe par une analyse des conditions du savoir et ensuite une limitation du savoir à ce que je peux vraiment voir (intuitionner), c’est-dire non pas le grand monde des choses en soi, mais le monde donné comme phénomène aux sciences et aux techniques rationnelles…

C’est en réfléchissant philosophiquement sur les conditions d’une exigence morale non conditionnée par les phénomènes du monde extérieur que nous pouvons réaffirmer le sens du monde : c’est au moins pour une bonne part, la liberté de notre volonté morale qui donne son sens moral au monde.

Être sage, selon la sagesse critique, ce n’est pas tout savoir, mais savoir limiter le savoir pour faire place à l’affirmation d’un sens du monde qui ne relève pas du savoir mais de la réflexion sur la sagesse pratique…

Mais Kant distingue le monde des choses en soi dont le sens est celui de la liberté et le monde des phénomènes où règne la nécessité que nous connaisons ; il est amené à postuler un sens en soi des phénomènes qui permet l’inscription et le triomphe de la liberté dans le monde où elle doit se réaliser… Que dois-je faire ?

Il serait absurde que la raison morale nous oblige à poursuivre un but, la liberté dans un monde dont les lois ne seraient pas accordées finalement à celles de la liberté ( NDR : ma liberté de l’ordre du noumène peut s’inscrire dans l’ordre des phénomènes)

La sagesse critique de Kant postule donc… un sens du monde donné de l’extérieur par un  Dieu moral, en lequel se concentre une raison pure d’espérer. Sagesse du double sens puisqu’au sens autonome de la liberté que l’homme donne au monde, vient s’ajouter un complément de sens, le sens du monde que Dieu lui-même donne… La sagesse critique de Kant rétablit encore …une croyance comme connaissance pratique réfléchie d’un sens absolu inconditionné, finalement divin du Monde.

La sagesse critique contient encore du sens, il est signifié comme sens . Et si le monde n’avait aucun sens ?

Le matérialisme grec antique se donne bien comme une sagesse qui repose sur la critique de toute croyance et de toute puissance d’une volonté finale originale et immanente du monde (NDR : référence à Nietzsche).

Pour Epicure… les atomes qui se heurtent dans le vide n’ont à l’origine ni volonté, ni finalité, ni direction, ni orientation déterminée, car leur « inclinaison » (clinamen) les fait s’associer sans ordre préalable. Car avec la vie d’abord, puis avec la vie humaine, le sens émerge du non-sens, mais cette émergence est toute provisoire, car elle est engloutie dans la mort…

La vie fondée sur un non-sens universel – sagesse méditative du Taoïsme

Le non-sens originaire est dans le Taoïsme, non pas dans la multiplicité des atomes, mais dans le Tao de la nature , ce non-sens n’a aucune finalité, ni même aucune direction unique, déterminée. La sagesse, comme pensée et expérience, n’est pas celle d’un moi, mais pensée et expérience d’un non moi .

Le non-sens absolu originaire est la  vérité originaire du Taoïsme.

La multiplicité des atomes n’est pas encore l’Un originaire, de même que l’unité que l’unicité éphémère du moi n’est pas encore le lieu originaire de la sagesse.

Mais ce non-sens n’est pas un vide en soi, il est plénitude potentielle. Il est un fonds dans lequel puise toute chose différenciée.

Ce Tao comme fond-fonds, ne peut être qu’indiqué, non pas expliqué . On ne peut commencer à le dire que de façon détournée

Ce type de sagesse n’est pas celui de la personne morale kantienne qui se soumet à la loi morale…, ni celui du moi épicurien qui a purifié ses désirs de toute espérance, mais celui du sage qui le temps de la méditation, éteint son désir, se fait non-moi et même non-soi. Le sens des techniques de méditation est de parvenir au non-sens.

Le sage n’enseigne pas des règles qui en tant qu’universelles seraient des lois sensées ou finalisées du monde, mais une régulation de nos différences, particularités. L’autoréflexion critique de Kant n’est pas une méthode philosophique superposable à une technique de méditation

Conclusion : Du plein sens « pré-philosophique et pré-réflexif de l’initiation mythique », au vide de sens post-philosophique et réflexif, ces propos ont pris la forme d’un cercle qui achève les possibilités de penser philosophiquement les types de sagesse.

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