Présentation du thème 10 du 14 juin 2026
Le siècle des Lumières s’est vu porté par la Raison, dont Emmanuel Kant a exposé les antinomies, les conflits.
De même maintenant, la question politique de la Justice est devenue celle de la justice mondiale ou globale. Mais combien de crimes n’ont-ils pas été commis au nom de la quête de la Justice ?
La Justice n’est-elle pas traversée par des antinomies, des tensions ?
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La théorie du ruissellement – chatgpt
La théorie du ruissellement (ou trickle-down economics) est une théorie économique selon laquelle les richesses créées au sommet de l’économie finissent par bénéficier à l’ensemble de la société.
1 – Principe de base
L’idée centrale est que :
- si l’on réduit les impôts et les contraintes sur les entreprises et les plus riches,
- ceux-ci investiront davantage,
- ce qui créera des emplois, augmentera la production et la croissance économique,
- et les bénéfices « ruisselleront » vers les classes moyennes et populaires (salaires, consommation, services).
2 – Politiques associées
La théorie du ruissellement est souvent associée à :
- baisses d’impôts sur les hauts revenus,
- allègements fiscaux pour les entreprises,
- dérégulation économique,
- encouragement à l’investissement privé.
Elle a notamment été mise en avant :
- aux États-Unis (années 1980, Ronald Reagan),
- au Royaume-Uni (Margaret Thatcher),
- et plus largement dans les politiques économiques libérales.
3 – Critiques principales
La théorie est très controversée :
- les gains profiteraient surtout aux plus riches,
- peu de preuves montrent un ruissellement significatif vers les plus pauvres,
- elle peut accroître les inégalités sociales,
- l’investissement n’est pas garanti (les gains peuvent être épargnés ou spéculatifs).
De nombreux économistes estiment aujourd’hui que la croissance ne se diffuse pas automatiquement sans politiques de redistribution (services publics, salaires, protection sociale).
Résumé rapide
👉 Idée clé : enrichir le sommet pour enrichir tout le monde
👉 Débat : efficacité économique vs. inégalités sociales
Nicolas DUFOURCQ – La dette sociale de la France – 1974-2024 – 0dile Jacob – p.205
L’Etat providence est une merveille. Notre mode de vie est inégalé dans le monde, avec une éducation et université gratuites, une santé universelle de première qualité, imposé un reste à charge dérisoire, une retraite généreuse, des amortisseurs sociaux innombrables, qui ont stoppé depuis quinze ans la croissance des inégalités. Mais comme la protection sociale court plus vite que l’économie, l’Etat providence est menacé. Il faut maintenant s’organiser pour le remettre sur les rails et c’est tout à fait possible.
A la vérité, la France lui demande trop, par rapport aux efforts qu’elle est prête à fournir pour le pérenniser. Le récit chronologique des années de croissance de la dette montre empiriquement qu’aucune mesure, aucun acte de courage politique, n’est parvenu à endiguer la marée montante des besoins, des revendications et des désirs. Alors que l’espérance de vie croissait d’un trimestre par an, les Français ont accueilli la retraite à 60 ans avec des vivats, et ils sont toujours opposés à sa réforme.
Alors que les dépenses de soins augmentaient de manière dynamique, ils ont toujours fait barrage à une augmentation du reste à charge. Alors que le pouvoir d’achat et l’épargne ne cessaient de croître depuis 30 ans, ils se sont toujours déclarés hostiles à la capitalisation. Alors que montaient les cris d’alarme sur les rigidités du droit du travail, ils ont voulu maintenir coûte que coûte les protections individuelles d’une société fordiste qui avait disparu. Alors que la pression concurrentielle aux frontières détruisait notre industrie, ils ont poussé très fort en faveur d’une réduction du temps de travail. Alors que le nombre de travailleurs baissait, ils ont fait une forte pression pour que les allocations ne soient plus liées au travail et qu’elles soient universalisées. Les administrations et les associations ont beaucoup poussé en ce sens, faisant du renoncement aux soins et aux aides la nouvelle anomalie à corriger, avec toutes les ressources qu’offre désormais la connaissance des bénéficiaires potentiels par la digitalisation. Il est devenu peu à peu tout à fait impossible de demander des efforts aux Français en les appelant à puiser dans l’épargne considérable accumulée par le pays…
La justice globale avec l’approche ressourciste et l’approche des capabilities – John Rawls versus Amartya Sen
La question de la justice globale (c’est-à-dire la justice à l’échelle mondiale, entre pays, peuples et individus) peut être abordée de différentes manières selon les théories de la justice. Deux approches importantes sont l’approche ressourciste et l’approche des capabilités. Voici une explication claire et structurée de ces deux perspectives et de leur rôle dans la justice globale.
🌍 1. L’approche ressourciste (resource-based)
L’approche ressourciste considère que la justice consiste avant tout à distribuer équitablement les ressources.
Idée centrale
Ce qui doit être réparti de façon juste, ce sont des biens matériels et sociaux :
- revenu et richesse
- accès à la santé
- éducation
- droits et libertés
- opportunités économiques
Référence majeure
- John Rawls
Dans sa théorie, Rawls parle de biens premiers (“primary goods”) : ce sont les ressources que toute personne rationnelle voudrait avoir, quels que soient ses projets de vie.
Application à la justice globale
À l’échelle mondiale, l’approche ressourciste cherche à :
- réduire les inégalités entre pays riches et pauvres
- garantir un minimum de ressources à tous
- organiser des transferts internationaux (aide, redistribution)
👉 Exemple : politiques d’aide au développement ou taxation internationale pour redistribuer les richesses.
Limites
- Elle suppose que donner les mêmes ressources suffit à produire l’égalité
- Elle ignore les différences individuelles (âge, handicap, contexte social, etc.)
🌱 2. L’approche des capabilités (capability approach)
Cette approche critique l’idée que la justice se limite aux ressources. Elle propose de se concentrer sur ce que les personnes sont réellement capables de faire et d’être.
Idée centrale
La justice consiste à garantir des capabilités fondamentales, c’est-à-dire :
les libertés réelles dont dispose une personne pour mener la vie qu’elle a des raisons de valoriser.
Références majeures
- Amartya Sen
- Martha Nussbaum
Exemples de capabilités
- vivre en bonne santé
- être éduqué
- participer à la vie politique
- se déplacer librement
- avoir une dignité sociale
Application à la justice globale
À l’échelle mondiale, cela signifie :
- lutter contre la pauvreté multidimensionnelle
- améliorer l’accès réel aux services (et pas seulement formel)
- adapter les politiques aux besoins locaux et aux vulnérabilités
👉 Exemple : deux pays peuvent recevoir la même aide financière, mais si l’un a des institutions faibles ou des discriminations sociales, les capabilités réelles des citoyens ne seront pas les mêmes.
Avantages
- prend en compte la diversité des situations humaines
- insiste sur la liberté réelle, pas seulement formelle
⚖️ 3. Comparaison des deux approches
| Dimension | Approche ressourciste | Approche des capabilités |
| Objet de la justice | Ressources et biens | Libertés réelles (capabilités) |
| Égalité | Égalité de moyens | Égalité de possibilités réelles |
| Vision de la personne | Individu rationnel abstrait | Individu concret et situé |
| Politique globale | Redistribution économique | Développement humain global |
🌐 4. Enjeu pour la justice globale aujourd’hui
Les débats contemporains combinent souvent ces deux approches :
- Les ressources restent nécessaires (on ne peut pas vivre sans revenu, soins, etc.)
- Mais elles sont insuffisantes si elles ne se traduisent pas en capabilités réelles
👉 Aujourd’hui, des organisations internationales (comme l’ONU avec l’indice de développement humain) s’inspirent largement de l’approche des capabilités.
🧠 Conclusion
- L’approche ressourciste met l’accent sur la distribution équitable des moyens
- L’approche des capabilités met l’accent sur la liberté réelle des individus
➡️ Dans la justice globale, l’enjeu est de combiner les deux :
garantir des ressources suffisantes et s’assurer qu’elles permettent réellement aux individus de mener une vie digne et libre.












