Présentation du thème 03 du dimanche 9 novembre 2025
Fiche de lecture, extraite de « La philosophie française entre phénoménologie et métaphysique », Michel HAAR

Le sens de l’existence
L’obsession de l’autre chez Levinas, extrait de « La philosophie française entre phénoménologie et métaphysique« , Michel HAAR -PUF/Perspectives -2024
1 -L’autre selon Levinas ne reçoit pas une acception unique
-l’autre désigne une universalité abstraite ; de dimensions non représentables de la subjectivité : passivité, infini
-L’Etranger qui est le premier venu tantôt le prochain que je connais
– la particularité du visage ou un autre tout à fait singulier
2 – L’autre ne fait qu’indiquer l’altérité transcendante de tout Autre,
La polysémie de l’Autre rend problématique la définition de la subjectivité : « c’est l’Autre dans le Même » L’Autre est en moi avant moi. L’Autre est le vrai sujet, le SOI absolu
- Si l’Autre est dans le même, il faut bien qu’ils se rencontrent. Le même et l’autre sont absolument séparés », dit Levinas.
- Le caractère non dialectisable de l’Autre en moi serait son antériorité insondable. L’Autre en moi est antérieur à toute prise de conscience. La base du sujet est » anonyme »
- La notion du Même présuppose une conspiration de la tradition philosophique tout entière pour nier « l’autre »
- L’ontologie désigne la démarche commune à toute la métaphysique , à toute « la philosophie occidentale » qui est » une réduction de l’Autre au Même »
3- l’être est l’autre dans le même
Certes, si au contraire, l’être est comme le dit Heidegger « l’autre que tout étant », il est aussi l’Autre dans le même
Si Levinas réduit, identifie la pensée de l’être et la possession de soi dans la conscience de soi, il réduit à rien le retrait de l’être, et la différence entre l’être et le sujet !
L’être se trouve désigné comme principe de la guerre , alors que l’Autre, qui déchire absolument la Totalité, serait le principe de la paix
Le Même serait « l’intérêt » au sens où esse impliquerait interesse, le déchaînement des intérêts particuliers.
4 –L’Autre au contraire serait par essence le dés-intéressement,…
la bonté au-delà de l’égoïsme
Le désir de l’Autre serait le désir du bien ; la complaisance dans le Même serait la jouissance, la source du mal
Que l’être soit essentiellement guerrier, belliqueux, cela implique aussi que l’on tienne pour non pertinentes toutes les analyses du logos comme rassemblement, collecte, harmonie, connexion originaire
5-Proximité et obsession
5-1 emphase ou hyperbole de la présence de l’Autre dans le sujet.
Le toujours déjà-là d’autrui est encore une présence, mais insaisissable pour la conscience qui arrive toujours après coup. La présence de l’Autre est si immédiate qu’elle constitue la sensibilité comme « exposition à l’autre »
« Le prochain n’est pas phénomène, et sa présence ne se réduit pas en représentation »
Les trois termes qui sont immédiateté, proximité, obsession sont reliés par le thème du pré-phénoménal ou de ce qui précède toute présence pour une conscience ». L’immédiateté est la proximité obsédante du prochain, brûlant l’étape de la conscience »
5-2 L’obsession, est la douleur de la proximité : « exposition totale à l’offense », « exposition à l’outrage de l’autre » »
je suis d’emblée le serviteur du prochain » » l’unicité du moi responsable ne se peut que dans l’obsession par autrui.
La persécution traumatisante sans logos » est assumée comme l’essence de la subjectivité, toujours accusée et coupable et punie avant de n’avoir rien fait.
L’obsession pèse unilatéralement sur le sujet ; il ne peut penser que l’affection soit réciproque. L’altruisme est contre-nature, non volontaire inséparable de la persécution possible. La persécution est une obsession pré-originaire, avant tout concept. Être obsédé par lui, ce serait être voué à répondre de lui avant toute réflexion par la seule mis en présence de son visage, venu d’un passé immémorial
5-3 Le visage n’est pas une essence abstraite, visage neutre, masque anonyme, mais « visage approché et contact d’une peau »
Le visage éthique est comme le retrait du visage empirique. Le visage se montre au-delà de de sa description possible.
Le visage refuse tout portrait, toute image ; l’éthique est iconoclaste. Comme le respect kantien abolit tout sentiment ; la présentation du pur visage éclipse tous les traits de la chair. » Le visage du prochain ne signifie pas une irresponsabilité irrécusable, précédant tout consentement libre ». Être responsable pour l’autre par l’autre, ce serait seulement être originairement exposé à la proximité du visage de l’autre.
5-4 Sensibilité et responsabilité
Levinas disjoint le concept de responsabilité et celui de liberté et d’intelligibilité.
Il rattache la « responsabilité à sa passivité la plus radicale » … la responsabilité s’éprouverait antérieurement à tout choix, à toute prise de position. Ce que je dois faire pour l’autre me serait dicté par sa seule présence proche incontournable
L’identité à soi de la jouissance se trouverait « malgré moi »
Immédiatement exposée à l’autre comme pouvant manquer de cette satisfaction, à l’autre comme vulnérabilité.
5-5. La responsabilité est le passage du moi au soi, du volontaire à l’involontaire. La responsabilité est l’essence du sujet, qui ne peut pas se soustraire à sa responsabilité »
la responsabilité pour les autres ne peut jamais signifier « Autrui, absolument extérieur est proche jusqu’à l’obsession ».
Acculé à la responsabilité, persécuté par les autres, le sujet lévinassien revendique totalement sa liberté, revendique totalement sa persécution. Je suis accablé par l’autre dans sa proximité, au point d’être son otage. Le sujet est assigné, appelé à répondre d’une culpabilité sans faute. L’ipséité-me voici, est otage »
Cette définition de la subjectivité est proche de celle de Sartre le regard de l’autre provoque une hémorragie dans le pour soi ; et la définition de la subjectivité chez Kafka, est accusation, persécution, être otage, comparution, atmosphère de procès étouffant, angoisse, solitude…
« Le persécuté est expulsé de son lieu et n’a que soi à soi, rien dans le monde, où poser sa tête »