Thème du 13 décembre 2026
En tout état de cause, ce questionnement massif ne mérite-t-il pas une présentation minimum conséquente ?
la morale chez Emmanuel Levinas et Jean Paul Sartre. ChatGPT a dit
Chez Emmanuel Levinas et Jean-Paul Sartre, la morale part d’un constat commun : l’être humain est libre et ne peut échapper à sa responsabilité. Mais ils donnent à cette responsabilité des fondements très différents.
1. La morale chez Sartre
Pour Sartre, il n’existe pas de morale universelle donnée à l’avance : il n’y a ni Dieu ni nature humaine prédéfinie qui puisse nous dire ce que nous devons faire.
La formule célèbre de Jean-Paul Sartre est donc : « l’existence précède l’essence ».
Cela signifie que l’homme existe d’abord, puis se définit par ses choix et ses actes. Il est donc radicalement libre et, par conséquent, responsable.
Mais cette liberté est aussi une source d’angoisse : lorsque je choisis, je ne choisis pas seulement pour moi. Mon choix donne également une certaine image de l’homme tel que je pense qu’il doit être.
Être libre, c’est être responsable de ce que l’on fait de soi et, indirectement, de l’image de l’homme que l’on propose.
Sartre critique ainsi la mauvaise foi, c’est-à-dire le fait de se mentir à soi-même pour fuir sa liberté et sa responsabilité : « je n’avais pas le choix », « c’est mon caractère », « c’est mon rôle », etc.
→ La morale sartrienne
Elle repose donc principalement sur :
- la liberté ;
- la responsabilité ;
- l’engagement ;
- le refus des excuses fondées sur une nature humaine ou un destin prédéterminé.
La morale n’est pas une liste de règles préexistantes : elle se construit dans l’action et le choix.
2. La morale chez Levinas
Chez Emmanuel Levinas, le point de départ est presque inverse.
Pour Levinas, la morale ne naît pas d’abord de ma liberté, mais de ma rencontre avec autrui.
Lorsque je rencontre le visage d’un autre être humain, je découvre immédiatement une exigence : je suis responsable de lui.
Le « visage » n’est pas simplement l’apparence physique d’une personne. Il représente la présence d’Autrui dans ce qu’il a d’irréductible à moi. Autrui m’échappe : je ne peux pas simplement le réduire à un objet ou à une catégorie.
C’est pourquoi Levinas affirme, de manière très forte, que :
« Le visage est ce qui nous interdit de tuer. »
La relation avec autrui introduit donc une responsabilité qui précède même ma liberté. Je ne décide pas librement d’être responsable : je suis déjà responsable dès lors que je rencontre l’autre.
→ La morale lévinassienne
Elle repose donc sur :
- la responsabilité envers autrui ;
- l’altérité ;
- le respect du visage ;
- l’hospitalité ;
- une responsabilité qui précède le choix individuel.
Pour Levinas, l’éthique est première : avant de chercher à savoir comment être libre ou comment connaître le monde, je suis déjà confronté à l’obligation envers autrui.
3. La différence essentielle
On peut résumer l’opposition ainsi :
| Sartre | Levinas |
| La morale part de la liberté | La morale part d’Autrui |
| Je suis responsable parce que je suis libre | Je suis responsable avant même de choisir |
| Il n’existe pas de valeurs données à l’avance | La rencontre avec autrui fait surgir une exigence éthique |
| Je me définis par mes choix | Je suis appelé à répondre de l’autre |
| Liberté → responsabilité | Autrui → responsabilité |
En une phrase
Chez Sartre, je suis moral parce que je suis libre et responsable de mes choix ; chez Levinas, je suis moral parce que la rencontre avec autrui m’impose une responsabilité qui précède ma liberté.
On pourrait donc dire que Sartre pense la morale à partir du sujet libre, tandis que Levinas pense l’éthique à partir de la relation à l’Autre.
Le rapport au marxisme est très différent chez Jean-Paul Sartre et Emmanuel Levinas.
On pourrait résumer ainsi : Sartre cherche à articuler existentialisme et marxisme, tandis que Levinas critique le marxisme lorsqu’il réduit l’individu à une totalité historique, sociale ou économique.
On pourrait résumer ainsi : Sartre cherche à articuler existentialisme et marxisme, tandis que Levinas critique le marxisme lorsqu’il réduit l’individu à une totalité historique, sociale ou économique.
4-1. Sartre : le marxisme comme philosophie de l’histoire
Pour Jean-Paul Sartre, surtout à partir des années 1950, le marxisme constitue « l’horizon indépassable de notre temps ». Il considère que le marxisme est indispensable pour comprendre les structures économiques, les classes sociales et les conditions matérielles dans lesquelles les individus vivent.
Mais Sartre reproche au marxisme orthodoxe de parfois oublier la liberté concrète des individus.
C’est là qu’intervient l’existentialisme :
- le marxisme explique les conditions objectives de l’existence : classe, économie, travail, exploitation ;
- l’existentialisme s’intéresse à la manière dont un individu vit, interprète et assume ces conditions ;
- l’homme n’est donc jamais simplement le produit de sa classe ou de son environnement : il possède une capacité de choix et de dépassement de sa situation.
Dans la Critique de la raison dialectique (1960), Sartre tente ainsi de penser ensemble structures sociales et liberté individuelle.
Une formule pour comprendre Sartre
On pourrait dire :
Le marxisme explique la situation ; l’existentialisme explique ce que l’individu fait de cette situation.
Sartre ne veut donc pas abandonner Marx, mais compléter le marxisme par une théorie de la liberté et de la praxis individuelle et collective.
Une formule pour comprendre Sartre
On pourrait dire :
Le marxisme explique la situation ; l’existentialisme explique ce que l’individu fait de cette situation.
Sartre ne veut donc pas abandonner Marx, mais compléter le marxisme par une théorie de la liberté et de la praxis individuelle et collective.
4-2. Levinas : critique de la « totalité »
Chez Emmanuel Levinas, la question est beaucoup plus éthique.
Le point de départ de Levinas est la relation avec Autrui. L’autre personne ne peut jamais être complètement ramenée à une catégorie, une fonction ou une place dans un système.
C’est pourquoi Levinas se méfie des philosophies qui cherchent à expliquer l’homme principalement à partir d’une totalité : l’Histoire, la société, l’État, la classe, etc.
Or le marxisme peut, selon lui, être problématique lorsqu’il interprète l’individu avant tout comme membre d’une classe ou acteur d’un processus historique.
Le risque est alors de sacrifier l’individu concret au nom d’une nécessité historique collective.
Pour Levinas, au contraire, la rencontre avec autrui produit une exigence qui précède les grandes constructions politiques :
« Tu ne tueras point. »
L’éthique de la responsabilité envers l’autre est donc antérieure à toute théorie politique.
4-3. La différence fondamentale
La divergence peut être présentée très simplement :
| Sartre | Levinas |
| Part de la liberté et de la praxis | Part de la responsabilité envers Autrui |
| Le marxisme est indispensable pour comprendre la société | Se méfie des systèmes qui absorbent l’individu dans une totalité |
| Cherche à réconcilier existentialisme et marxisme | Cherche à penser une éthique qui résiste à la totalité |
| L’homme transforme sa situation | Autrui m’impose une responsabilité qui me précède |
| Importance de la lutte des classes et de l’action collective | Importance de la justice, de la responsabilité et de la singularité |
4-4. Une opposition encore plus profonde
La différence concerne finalement leur conception de la liberté.
Chez Sartre, je suis libre dans une situation historique déterminée. Même si je suis pauvre, exploité ou membre d’une classe dominée, je ne suis jamais réductible à cette situation. Je dois agir à partir d’elle.
Chez Levinas, la liberté elle-même n’est pas le point de départ absolu. Avant même de choisir, je suis déjà responsable d’autrui. L’éthique vient donc mettre une limite à ma liberté.
Cela donne deux rapports différents au politique :
- Sartre : comment transformer collectivement une situation injuste sans supprimer la liberté individuelle ?
- Levinas : comment faire de la politique sans que la logique collective écrase la singularité d’autrui ?
4-5. En une phrase
Sartre marxise l’existentialisme : il veut comprendre comment la liberté s’inscrit dans les structures historiques et économiques.
Levinas éthicise la politique : il veut empêcher que l’Histoire, la société ou la classe deviennent une « totalité » au nom de laquelle on pourrait oublier la responsabilité envers chaque personne.
C’est donc une opposition entre deux priorités : chez Sartre, la praxis et la transformation du monde ; chez Levinas, la responsabilité envers Autrui comme limite à toute totalité politique.

